Extrait

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Il n’y a rien dans cette cour qui n’y était pas en 1977 […]. Peut-être un jet de cocktail Molotov illumine-t-il l’obscurité, peut-être un journaliste de magazine traverse-t-il un cimetière en courant ; peut- être la fille de l’artificier reste-t-elle perchée sur un banc couvert de neige, guetteuse solitaire. Car si les faits indiquent quelque chose, c’est que la Ville unique et monolithique n’existe pas. Ou si elle existe, elle est la somme de milliers de variations qui toutes rivalisent pour occuper le même lieu géographique. Peut-être est-ce irréaliste et vain, mais je ne peux m’empêcher d’imaginer que les points de contact entre cette cité et ma ville perdue n’ont pas cicatrisé complètement, qu’ils ont laissé ces stigmates toujours vifs quand mon esprit vole au-dessus des escaliers de secours et au-delà vers ce carré bleu de liberté. Et vous, là-bas, n’êtes-vous pas en quelque sorte juste ici, à côté de moi ? C’est vrai, qui ne rêve plus d’un monde différent ? Qui d’entre nous – si cela signifie renoncer à la folie, au mystère, à la beauté parfaitement inutile des millions de New York autrefois possibles – est prêt, maintenant, à abandonner tout espoir ?
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